TOUMAÏ, LUCY et les autres...


“Préhumains” ou singes aquatiques ?


[ les australopithèques qu’on nous présente régulièrement comme “nos ancêtres”, n’avaient-ils en réalité qu’un lointain rapport avec l’homme ? ]

par   François de SARRE

 

  En juillet 2002, le landerneau [ de moins en moins tranquille... ] des paléo-anthropologues fut à nouveau secoué par l’annonce officielle - et la description complète dans le magazine Nature - du “nouvel ancêtre” : Toumaï le Tchadien, daté de 7 millions d’années, soit près de 4 millions d’années de plus que la très célèbre Lucy !

  C’est le plus ancien représentant connu du rameau humain, soit... Mais peut-on toujours parler de “rameau”, ou faut-il alors préciser : “broussaille” ?

  Pour donner au lecteur un petit ordre d’idées, précisons que le groupe des australopithèques s’est accru au fil des récentes découvertes pour atteindre le nombre de 14 espèces, réparties en 6 ou 7 genres...

  Les voici par ordre alphabétique : Ardipithecus ramidus, Australopithecus afarensis, Australopithecus africanus, Australopithecus anamensis, Australopithecus bahrelghazali, Australopithecus garhi, Australopithecus ( Homo ) habilis, Paranthropus aethiopicus, Paranthropus boisei, Paranthropus robustus, Kenyanthropus platyops, Kenyanthropus rudolfensis, Orrorin tugenensis, Sahelanthropus tchadensis.

  Chacun y reconnaîtra les siens... Ainsi, la chercheuse française Brigitte Senut considère qu’Orrorin [ découverte par ses soins ! ] est l’ancêtre de l’homme, tandis qu’Ardipithecus tiendrait du vieux chimpanzé, et que le nouveau venu Sahelanthropus [ alias Toumaï ] ne serait autre que l’ancêtre du gorille !
  Pascal Picq, très pragmatique, se pose la question de savoir si Toumaï a vécu avant ou après la séparation des hommes avec les chimpanzés ?
  En tout cas, le scénario “East Side Story” popularisé par Yves Coppens est rudement malmené... Mais le très populaire professeur espère qu’une découverte encore plus ancienne du côté de la Rift Valley [ autour de 7,5 millions d’années, par exemple ] viendra revalider sa théorie !

 

Qu’est-ce qu’un Australopithèque ?

  Découverts à partir de 1925 dans le Sud-Est de l’Afrique, les australopithèques ressemblaient à des chimpanzés bipèdes dont on aurait limé les canines. Peu connus au départ, la notoriété vint en 1974 avec “Lucy” qui fit des australopithèques les “missing links” désignés entre le singe arboricole et l’homme.
  Depuis, la trop grande diversité des fossiles a fini par embrouiller la donne : les spécialistes s’interrogent...

  Certes, les australopithèques étaient bipèdes au sol. Leurs traces ont même été retrouvées sur un site de Laetoli ( Tanzanie ) daté de 3,5 millions d’années. Mais des chimpanzés auraient laissé des traces similaires dans un terrain détrempé...

  Grâce aux travaux de la paléontologiste française Yvette Deloison, nous savons maintenant que les australopithèques avaient des pieds de singes. Dès 1980, des travaux ont d’ailleurs indiqué que “Lucy” grimpait excellemment aux arbres.
  On en vient même à se demander si les australopithèques n’étaient pas plutôt les ancêtres des grands singes africains modernes... J’avais évoqué cette hypothèse dans le Monde de l’Inconnu ( # 293 ) dans le cadre d’un article sur le bipédisme initial des Primates. Pour Brigitte Senut, comme pour le Britannique Martin Pickford, le fossile tchadien surgirait à point pour servir d’ancêtre au gorille. Quant à Bernard Wood, anthropologiste à l'Université de Washington, il ne pense pas que Toumaï soit un ancêtre direct de l'homme : selon lui, il s'agirait plutôt des ossements d'une des nombreuses espèces similaires vivant en Afrique à la même époque. Le professeur Wood croit que le crâne pourrait aussi bien appartenir à la lignée des hommes qu'à celle des chimpanzés, ou encore en constituer une nouvelle...

 

Des histoires évolutives parallèles

  Le crâne de Toumaï pose également la question de la “barrière” du Rift, puisqu’il a été retrouvé à 2 500 km des sites à australopithèques. On sait que dans une perspective classique, la savane d’Afrique orientale aurait favorisé des environnements propices aux pré-humains, tandis que les grands singes forestiers étaient bloqués à l’ouest.
  C’est pourquoi certains évoquent un ancêtre partagé au Tchad, avant la séparation des hommes et des singes. Mais Toumaï pouvait-il se bipédiser en forêt ?

  Sur le fossile découvert par l’équipe du professeur Brunet, le trou occipital [ par où la colonne vertébrale pénètre dans le crâne ] est bien orienté vers le bas, comme chez l’homme, et non pas vers l’arrière, comme chez les chimpanzés et les gorilles.
  Cela voudrait dire que ces derniers ne sont devenus des quadrupèdes qu’à une période relativement récente. Sans doute à force de vivre dans les arbres...
  En tout cas, c’est une explication logique si l’on pense que Toumaï, vieux de 7 millions d’années, a vécu avant la fourche de séparation des hommes et des grands singes africains, scénario envisagé par les paléontologues Pascal Picq et Henry Gee : les précurseurs des grands singes africains auraient été bipèdes avant de développer la marche à 4 pattes sur le sol...

  Depuis les années 1980, je me suis personnellement engagé en faveur d’un bipédisme initial des Primates. Les faits commencent à me donner raison.
  Certes, l’ancêtre bipède commun à tout le groupe des Hominidés est nettement plus ancien. Yvette Deloison le situe aux environs de 25 millions d’années.
  Les histoires évolutives des hommes, des australopithèques et des grands singes, ont été parallèles depuis le Miocène. Mais pour beaucoup de scientifiques, il reste difficile de savoir qui descend de qui...
  A mon avis, c’est l’homme de type sapiens qui est resté le plus proche du modèle originel, tandis que les pithécanthropes ont opté pour un habitat marin ou lacustre [ cf. Le Monde de l’Inconnu # 297 ]. Les grands singes sont devenus, quant à eux, des seigneurs de la forêt, mais quid des australopithèques ?
  Justement, le nouveau fossile tchadien apporte des réponses intéressantes.

 

Toumaï était-il un “singe aquatique” ?

  Actuellement, le lac Tchad se réduit comme peau de chagrin. Cette région de l’Afrique est malheureusement habituée des sécheresses et du manque d’eau. Au Miocène supérieur, voici 7 millions d’années, la baisse générale du niveau de l’océan mondial ( jusqu’à - 300 m ) et les conditions climatiques médiocres dans l’hémisphère nord, avaient entraîné la constitution d’un super lac Tchad. Le Sahara était verdoyant, et les abords du lac étaient parsemés de forêts et d’espaces ouverts, comme l’indique la faune de mammifères retrouvée avec Toumaï [ et qui a permis de le dater ].

  Si l’on regarde bien le crâne découvert au Tchad, on découvre une face relativement courte [ rappelant celle d’australopithèques pourtant bien postérieurs ], mais aussi une remarquable “visière” constituée par un bourrelet sus-orbitaire continu et un front plat, ce qui n’est pas sans évoquer l’aspect du pithécanthrope ( Homo erectus ) ! Ce type de crâne, robuste et profilé, paraît magnifiquement hydrodynamique... Des essais pourraient être faits en bassin sur un modèle de ce crâne...
  C’est aussi l’avis de l’anthropologue belge Marc Verhaegen qui postule par ailleurs une origine semi-aquatique des hominidés, au sein des forêts tropicales inondées ou en bordure de grands lacs...

  Toumaï ferait donc un excellent “singe aquatique” !

  Personnellement je pense à la spécialisation d’un groupe de primates déjà bipèdes, au Tchad et dans le reste de l’Afrique, plutôt qu’à des “pré-humains” putatifs.

 

Pourquoi Toumaï, Lucy et les autres... ne sont pas nos ancêtres ?

  Les Australopithèques du Tertiaire ont été “propulsés” sur le devant de la scène évolutive en tant qu’ancêtres de l’homme, parce qu’ils étaient bipèdes au sol.
  Nous parlions plus haut de la position inférieure du trou occipital. Leur bassin et les fémurs étaient également de type humain. Mais à partir du genou, tout devenait singe...

  Bipèdes, oui ! Mais en milieu naturel, surtout dans les savanes chichement arborées que postulent les paléontologues, les divers australopithèques auraient eu bien du mal à survivre, sans parler de se muer en humains... La sélection naturelle les auraient impitoyablement balayés - ou renvoyés dans leurs forêts !
  En revanche, un environnement qui aurait convenu tout à fait aux australopithèques était la forêt inondée au bord d’un lac ou d’un estuaire.

  A un habitat mixte correspond un être mixte... Toumaï pouvait se tenir droit dans l’eau peu profonde ou bien nager, avant de saisir une branche pour grimper aux arbres. Il trouvait autour de lui une nourriture riche et variée, ainsi que les fruits de la canopée, dans laquelle il pouvait aussi se réfugier.

  On est loin de l’image de la savane écrasée de soleil où il était difficile de rejoindre l’arbre salvateur d’une démarche dandinante d’australopithèque... Ou bien, il faut admettre que ceux-ci préféraient détaler à 4 pattes devant d’éventuels prédateurs !
  Il devient alors difficile, dans un contexte évolutif “classique” d’invoquer les pressions sélectives du milieu pour expliquer la marche debout de Lucy et de ses congénères.

  En fait, la position inférieure du trou occipital [ en liaison avec la station debout ] était un caractère déjà acquis. Contrairement à ce qui s’est passé chez les chimpanzés et les gorilles, cette disposition s’est maintenue chez tous les australopithèques même tardifs, car elle convenait à leur mode de vie ! Une position bien droite dans l’eau permettait de nager et d’agripper les branches à portée de main dans les marigots inondées...

  Loin de compter parmi nos ancêtres, la fameuse Lucy n’était qu’une cousine éloignée : un singe qui aimait barboter, en quelque sorte...

 

Vers une révision de notre généalogie

  La théorie de la bipédie initiale, comme son nom l’indique, postule une étape hominisante ancienne chez les Mammifères, et la présence passée en Afrique [ et ailleurs ] d’hommes de type moderne dont on finira bien un jour par retrouver les restes...
  Chez les Australopithèques, des caractéristiques humaines persistantes [ face courte, petites canines, position basse du trou occipital, bipédie ] ont permis d’occuper un environnement de forêts inondées où la concurrence d’autres primates ne se faisaient guère sentir. Les Nasiques de Bornéo occupent aujourd’hui un habitat similaire.
  Beaucoup moins à l’aise dans l’eau, les grands singes africains actuels semblent procéder de lignées distinctes, à partir de l’ancêtre bipède commun du Miocène.
  L’allongement de la face et du museau, l’inclinaison des incisives et la poussée des canines, dénotent une modification de l’équilibrage de la tête. Le trou occipital s’oriente vers l’arrière dans l’axe d’un corps qui doit alors s’appuyer sur les phalanges pour progresser dans les branches et sur le sol.

  Chimpanzés et gorilles ont survécu jusqu’à l’époque contemporaine. Quant aux australopithèques, ils paraissent éteints, à moins que quelques rares groupes ne subsistent en des régions inondées de la grande forêt tropicale africaine.
  De leur côté, les humains se portent bien... et les plus savants d’entre eux dissertent sur nos origines. Les australopithèques seraient étonnés de savoir toute l’importance qu’on leur prête !


[ 16 juillet 2002 ]

C.E.R.B.I.



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